HOMMAGE A GOMIDAS VARTABED
Tant de choses inachevées,
De merveilles dévastées.
Et sous les coups de tes bourreaux,
Le divin, et la grâce assassinés.
Tu ne pouvais pas, dire.
Ni, non plus raconter,
Devant l’indescriptible,
La raison a succombée.
L’indicible, a subsisté.
Silence, douleur.
Pudeur inconsolée.
Dix fois, vingt fois je me suis arrêtée
Au récit depuis longtemps commencé,
De ton calvaire pour Changr*
Nul, ne pourrait reprendre souffle !
Chaque pas, te brise.
A chaque pas, supplicié.
Sur le chemin qui mène à mon église
Ce matin, je me presse, je hâte mon pas,
Je chante Myan Sourp, Myan Der
Sourp Sourp Sourp
Et Der Voghormia
Je pense à toute ton œuvre
Emouvante, vivante,sublime,
Tout le fruit de ton travail acharné.
Me voici enfin arrivée !
La porte est déjà ouverte,
Et l ’Autel, est allumé.
Je ne veux pas te déranger
Je ne veux pas faire de bruit
Père, je sais que tu es endormi.
* Changr: ville au sud de la Turquie où Gomidas vartabed a été déporté.
***
Dans ton âme, la présence divine
Toi qui ne connaissais que le beau, le tendre
Le meilleur de nous.
Ta musique, une grâce, un enchantement.
Tu pleuras longtemps
En songeant que le monde entier
Ignorait l’abomination dont notre peuple
Fût la victime.
Et dans tes yeux assombris qui ont vu
L’immonde,
Quelque chose s’en est allé.
Tu revins de la mort
Rompu, broyé,
O Père, Père de si haut où tu demeures
Il faut que tu entendes nos voix !
Chanter ta musique sublime.
Chanter à nous rompre le cœur,
Chanter à gorge déployée,
Chanter les yeux fermés doucement
Calmes expressifs et sans port de voix
En pleurant,
Nous voici, tous agenouillés,
Père écoutes nous toujours chanter,
La messe divine que tu nous a laisée.
Je bénirai le Seigneur à toute heure
A toute heure sa louange sans cesse dans ma bouche
Je chanterai ta musique à toute heure
A toute heure ta musique sans cesse dans mon âme.
Alice


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